L A  L E T T R E

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Dominique Oudin, chef du 1621 à Carthagène : la rencontre entre France et Colombie

À Carthagène des Indes, dans la douceur vibrante des Caraïbes, frenchictouch a rencontré Dominique Oudin au coeur du Sofitel Legend Santa Clara. Un chef français au parcours remarquable, une cuisine sincère, habitée, où chaque geste semble guidé par le respect du produit et l’amour de la transmission. De la Haute-Loire à la Colombie, son histoire est celle d’un homme qui a choisi de relier les deux mondes. Nous sommes heureux de partager avec vous cette rencontre, prolongée par une interview exclusive à découvrir à la suite de cet article.

 

Dominique Oudin, le passeur de saveurs entre Haute‑Loire et Carthagène

Dominique Oudin se dessine comme un chef dont le parcours est à la fois une longue école de la discipline et un voyage intime à travers le monde. Né en Haute‑Loire, originaire d'Yssingeaux, dans cette France où la cuisine tient autant de la table familiale que de la rigueur professionnelle, il apprend très tôt que le métier se forge dans le feu des cuisines plus que dans les éloges.

Très vite, il quitte le terroir pour rejoindre les grandes brigades : d'abord à Londres, au Waterside Inn avec les frères Michel et Albert Roux, temple de la haute cuisine française, où il découvre la perfection technique et l'exigence du service à l'anglaise ; puis Chef Exécutif au luxueux 5‑étoiles Le Méridien Copacabana à Rio de Janeiro, haut-lieu de la cuisine française au Brésil créé sous l'impulsion de Paul Bocuse, où il apprend à dialoguer avec des cuisines du monde entier.

Son itinéraire continue à Dubaï, Marrakech, puis l'île Maurice, toujours au sein du groupe Sofitel, où il endosse la lourde responsabilité de diriger des équipes nombreuses, des cuisines complexes, des attentes internationales. À chaque étape, il ne se contente pas de cuisiner : il observe, écoute, adapte, façonne une cuisine à la fois française dans sa technique, ouverte dans ses influences, et toujours respectueuse du produit.

 

 

Carthagène, une scène gastronomique entre mémoire et création

C'est cette culture de la transmission, de l'écoute et de la perfection silencieuse qu'il amène à Carthagène, au cœur du Sofitel Legend Santa Clara, dans la chapelle historique du 1621.

Là, il pose ses valises et ses casseroles, transformant un lieu de mémoire en scène de saveurs.

Il y met en lumière la Colombie, ses terroirs, ses produits, ses communautés, en dialogue constant avec la tradition française. Carthagène devient alors à la fois un laboratoire créatif et une tribune : sous son impulsion, le restaurant s'envole dans les classements internationaux, jusqu'à figurer parmi les tous meilleurs restaurants du monde.

Mais il ne se laisse pas enivrer par les palmarès. Il préfère se fondre dans la cuisine, dans la formation de ses brigades, dans l'accompagnement de jeunes chefs, dans la mobilisation pour le Bocuse d'Or, pour que la Colombie puisse enfin briller à sa juste place.

Son parcours, c'est une histoire de terre et de feu, de pudeur et de grandeur. De la France profonde au rivage de la côte Caraïbes colombienne, il a gardé la même conviction : une assiette n'est belle que si elle raconte, avec humilité, le travail de ceux qui la font, et l'émotion de ceux qui la mangent.

Dominique Oudin est donc bien plus qu'un chef de légende : il est un passeur, un artisan de la rencontre, un homme qui a su transformer son parcours en une longue prière autour de la table.

 

 

À Carthagène, le luxe se mange avec Dominique Oudin

À chaque fois que je reviens dans la sublime cité de Carthagène des Indes, c'est le même sentiment : celui d'entrer dans une ville qui respire à la fois l'histoire et la joie de vivre. Ses remparts ocre doré, ses ruelles en damier, ses balcons fleuris, la salsa et les éclats de voix des enfants qui courent entre les arcades, tout m'émeut dans cette ville qui semble à la fois figée dans le temps et en pleine métamorphose. Et à chaque visite, c'est chez lui que je reviens d'abord : Dominique Oudin, chef du Sofitel Legend Carthagène, au cœur de ce théâtre de pierres et de mer.

Alors que partout ailleurs on se perd dans les égocentrismes des chefs en robe blanche, lui m'accueille avec une humilité rare, une bienveillance apaisée, comme si le titre de deuxième meilleur restaurant du monde n'était qu'un détail parmi tant d'autres. Il n'a pas cette posture de "diva", pas cette distance hautaine parfois affectée. Il est là, présent, attentif, les mains encore parfois marquées par la cuisine, le regard vif, l'humour discret, mais très présent. Il a la tête sur les épaules, et surtout, il a gardé le cœur au bon endroit : dans l'assiette, dans la rencontre, dans l'échange.

 

 

Un parcours exigeant

Derrière cette simplicité se cache pourtant un parcours exigeant : MOF, ancien chef d'établissements prestigieux en France, parcours international, exigence technique française portée à son plus haut niveau. Mais il n'a jamais fait de ses titres une vitrine. Il en parle avec pudeur, comme de simples étapes d'un chemin.

Son parcours, il le met au service de la Colombie : des produits locaux, des savoir‑faire indigènes, des terroirs encore à explorer, il les transforme avec une écriture fine, presque discrète, mais profondément sincère.

Au‑delà de la cuisine, Dominique Oudin est aussi un militant de la reconnaissance. Bocuse d'Or, participation, accompagnement, soutien aux jeunes chefs colombiens : il s'engage pour que ce pays apparaisse enfin sur la carte mondiale de la haute gastronomie.

Il ne veut pas seulement briller lui‑même, il veut que tout le monde brille avec lui. C'est ce qui fait la vraie différence : là où certains se contentent du spot, il construit une scène collective, où chaque produit, chaque agriculteur, chaque cuisinier devient acteur d'une histoire plus grande.

Chez lui, à Carthagène, tout est question d'équilibre : entre luxe et simplicité, entre technique et émotion, entre la tradition française et la fraîcheur du terroir colombien. C'est dans cette ville enchâssée entre l'océan et la mémoire qu'il a choisi de poser ses valises, ses casseroles et ses rêves.

Et chaque fois que je franchis la porte de son restaurant, c'est avec cette impression étrange et douce : celle d'entrer chez un homme qui a compris que le plus beau des arts, c'est de savoir partager.

 

 

Le 1621 à Carthagène, la French Touch au sommet du monde

À Carthagène des Indes, le restaurant 1621 du Sofitel Legend Santa Clara s'impose parmi l'élite mondiale, l'établissement a obtenu en 2024 la deuxième place mondiale au classement TripAdvisor Travellers' Choice Best of the Best, dans la catégorie Restaurant Gastronomique.

Depuis bientôt dix ans, Dominique sublime la scène gastronomique colombienne en mariant techniques françaises et produits locaux dans une cuisine raffinée, créative et moderne, il incarne la touche française de haut niveau : élégance du geste, précision des cuissons, souci du détail et passion pour la transmission.

Aujourd'hui, grâce à lui, le 1621 rayonne bien au-delà de Carthagène, symbole d'un savoir-faire hexagonal qui séduit la planète.

 

Interview Dominique Oudin - rencontré en Colombie

C'est à l'occasion de mon dernier séjour à Carthagène que j'ai revu le chef français Dominique Oudin. Un échange généreux que je repartage avec plaisir et émotion.

 

Une ode à la biodiversité colombienne

Dominique, la Colombie offre une expérience culinaire unique. Qu'est‑ce qui vous inspire le plus ici, et comment les produits locaux façonnent‑ils vos plats au 1621 ?

La Colombie est l'un des pays les plus riches au monde en biodiversité. Ici, on trouve presque tout, même si ce n'est pas toujours facile de se procurer certains produits. Mais dès qu'on met le pied dans un marché ou qu'on pousse la porte d'un restaurant, on est frappé par la palette des fruits : c'est quelque chose de vertigineux. J'ai travaillé dans beaucoup de pays, mais en arrivant ici, j'ai découvert des fruits dont je n'avais jamais entendu parler auparavant. C'est fascinant. 

Et au‑delà des fruits, il existe une multitude de produits encore méconnus. Nous travaillons, par exemple, avec des produits venus des montagnes : de petits fruits, de petits haricots secs, des ingrédients rares et presque secrets. Des trésors comme le lulo – ce fruit typique que l'on ne trouve nulle part ailleurs. Chaque altitude, chaque vallée, chaque microclimat offre une saveur différente.

L'un des atouts de la Colombie, c'est d'être capable de faire pousser des végétaux de – 5 mètres sous le niveau de la mer, comme dans la région de La Guajira, jusqu'à 3 000 mètres. En France, au‑dessus de 1 500 mètres, la nature se tait. Ici, elle chante. Chaque produit, selon l'altitude, développe des arômes, des textures uniques. On est encore loin d'exploiter ce potentiel à 100 %, voire à 1 %. Mais les choses bougent. La Colombie, c'est un livre que l'on commence à peine à ouvrir.

Bocuse d'Or :

un tremplin pour la Colombie

Le Bocuse d'Or a nourri votre vision. Comment cet événement influence‑t‑il la haute gastronomie et la formation des jeunes chefs en Colombie ?

Le Bocuse d'Or est quelque chose d'important pour moi, pour mon entourage ici, et pour beaucoup de personnes. C'est un vrai tremplin, une véritable source d'inspiration et de motivation. C'est une opportunité de briller, et c'est cela qui compte.

La Colombie n'est pas encore reconnue internationalement pour sa gastronomie, ni pour ses chefs, mais ça change rapidement. Le Bocuse d'Or sert à montrer au monde ce que nous avons : nos produits, nos talents, notre créativité. C'est une vitrine.

Quand on est là‑bas, on parle avec des chefs, des journalistes, tout le monde pose des questions : "Comment est la Colombie ? Peut‑on venir ?" Et quand on parle de nos produits, on voit les yeux s'illuminer.

Les jeunes chefs techniques, créatifs, prennent des risques. Ils explorent, ils expérimentent. Ils ont cette envie de raconter une histoire à travers leur assiette. Et c'est encourageant pour toute une génération.

 

La fusion franco‑colombienne

Vos plats lient admirablement la France et la Colombie. Comment mariez‑vous ces deux cultures dans vos créations ?

J'essaie de prendre le meilleur des deux. Vous le verrez quand vous mangerez ici : je conserve la technique française dans la façon de travailler les produits, de monter les assiettes, dans la vision globale du plat. Mais je m'appuie sur les meilleurs produits que l'on peut trouver en Colombie.

On essaie d'y apporter une élégance, une certaine finesse, comme on peut la trouver en France. L'idée est de créer des plats qui racontent à la fois notre histoire, notre savoir‑faire français, et la richesse incroyable de la Colombie.

Des terroirs encore à découvrir

Vous parlez de terroirs et de vignobles. Où en est la Colombie sur ce terrain, notamment avec l'essor du vin et des légumes ?

On pourrait, comme en Argentine, travailler des cépages avec des altitudes différentes pour créer des assemblages uniques.

Ici, il en va de même pour les légumes : certains pourraient être tout simplement exceptionnels. Pourtant, on ne donne pas encore suffisamment de valeur à ceux qui les cultivent, aux campesinos qui travaillent la terre.

Leur savoir‑faire reste souvent invisible. Mais avec le tourisme, la gastronomie et l'essor des restaurants, tout cela change.

Des gens se lancent dans ce "business" du terroir, de la saveur pure. Pareil avec les poissons : on a le Pacifique d'un côté, l'Atlantique de l'autre, et un pays qui compte l'une des plus grandes variétés de fleuves et d'eaux douces au monde.

La diversité de poissons est énorme, et encore aujourd'hui, on n'a pas accès à tout. Ces produits donnent la possibilité, une fois à table, de découvrir, d'essayer, d'écouter, d'apprendre.

Et surtout, la Colombie garde encore des peuples indigènes, des communautés qui ont préservé leur culture d'avant.

Même si elles ont été en contact avec le monde entier, elles sont restées fidèles à leurs méthodes de culture et à leurs traditions culinaires. Il y a encore énormément à apprendre.

 

 
 

 

SUMAQ :

un festival gastronomique de luxe

 

Avec le succès du restaurant classé parmi les meilleurs mondiaux, quels sont vos projets à venir au Sofitel ou à l'international ?

Le projet, j'y travaille d'arrache‑pied, s'appelle SUMAQ.

SUMAQ, en quechua, signifie "bon, beau et plaisant". C'est exactement ce que nous voulons exprimer. SUMAQ est un festival gastronomique qui se déroule sur les trois Sofitel – Bogotá, Baru, Carthagène.

L'objectif est de démontrer que la Colombie peut être une destination de haute gastronomie, capable d'organiser des événements de luxe, de haut niveau, comparables à ceux de Paris, Londres ou New York.

Nous avons comme invités d'honneur Régis Marcon et Paul Marcon, chacun vainqueur du Bocuse d'Or, ainsi que Thierry Mulhaut, chef pâtissier installé en Alsace, qui possède la Casa Rivera del Cacao dans la région du Quindio en Colombie. Il récolte le cacao ici, l'envoie en France, où il en fait un chocolat reconnu comme l'un des meilleurs au monde lors du Salon du Chocolat à Paris.

 

Retour sur un voyage culinaire,

de l'avion à la plage

Comment s'est déroulé l'événement SUMAQ ?

SUMAQ a bénéficié d'un partenariat avec Air France. Le voyage a commencé dans l'avion qui amèna Régis et Paul Marcon à Bogotá.

Les passagers de première classe ont voyagé en leur compagnie ; ils étaient là pour préparer, finitionner, ou simplement mettre une touche finale à leur expérience.

Le lendemain, un cocktail fut organisé à la résidence de l'Ambassade de France à Bogotá.

Puis un premier dîner au Sofitel Victoria avec Régis et Paul. Ensuite, direction Carthagène, pour le dîner dans la Capilla, magnifiquement décorée.

Suivi d'un grand forum qui a réuni chefs, journalistes, gourmets et hôteliers. L'occasion d'échanger sur le parcours, la philosophie, les inspirations de chacun – un moment très inspirant.

Enfin, direction Baru pour un dîner dans un cadre unique : les pieds dans le sable, au clair de lune. Enfin, Thierry Mulhaut orchestre une série d'expériences autour du chocolat : goûts de cacao cru, torréfié, mousse de chocolat, desserts, thés de cacao, mariages avec le vin, le rhum, le cigare.

Le dernier jour, un menu complet fut proposé à base de cacao, des canapés aux petits fours.

 

Le luxe selon le chef Dominique Oudin

Quand on lui demande de définir le luxe...

« Le luxe, c'est d'être là, dans ce cadre historique, avec ces pierres anciennes, ou bien sur la plage, à déguster un repas comme celui que nous préparons à Baru. Le luxe, c'est de faire quelque chose que l'on ne fait pas tous les jours – de se dire : "C'est spécial." C'est prendre le temps d'être ému par un geste, une saveur, un moment.

Et c'est ce que nous voulons transmettre à travers SUMAQ : un festival où l'on brille ensemble, où l'on partage, où l'on apprend.

Le luxe, ce n'est pas seulement des couverts en argent, c'est l'émotion, le partage, et la mémoire que l'on garde en rentrant à la maison.»

🖤COUP

DE CŒUR

Nous avons été séduits par la justesse et la délicatesse de la cuisine de Dominique Oudin, où la technique française sublime avec finesse la richesse des produits colombiens. 

Chaque assiette raconte un équilibre rare entre précision, émotion et respect du terroir.

Mais au-delà de la cuisine, c’est une atmosphère qui marque. Celle d’un lieu hors du temps, où la lumière, les pierres anciennes et le silence feutré créent un écrin presque intime.

Merci Dominique pour ce superbe moment

 
 
 
 
 
 
 
 
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📍 Identité

  • Nom complet : Dominique Oudin

  • Profession : Chef exécutif du restaurant 1621 au Sofitel Legend Santa Clara

  • Base : Carthagène des Indes en Colombie. 

Restaurants

  • Restaurants : 1621 restaurant et le Jardin Santa Clara (situés dans le Sofitel Legend Santa Clara, Carthagène des Indes) 

  • Type de cuisine : Cuisine gastronomique fusion, techniques françaises et produits ancestraux des côtes et des Andes Colombiennes / Produits fermiers et pêche responsable

  • Adresse : Sofitel Legend Santa Clara, Calle del Torno 39/29, barrio San Diego -  Carthagène des Indes, Colombie  

  • Réservations : disponibles via le site du restaurant / hôtel

Distinctions

  • TripAdvisor Traveler's Choice 2024 : Restaurant 1621 classé deuxième meilleur restaurant gastronomique mondial.

  • Luxury Lifestyle Awards 2025 : Top 100 restaurant du monde.

  • Président de l'équipe Colombie Bocuse d'Or 2025
  • Membre du Jury dégustation Bocuse d'Or 2025

Suivi

Notes pratiques

  • Budget moyen : (à adapter selon expérience, saison & menu dégustation)
  • Réservations conseillées pour dîner (surtout en haute saison touristique)

  • Accès : Carthagène est accessible en avion, vols quotidiens depuis Bogota ou vols internationaux.

  • Produits phares : mise en valeur d’ingrédients locaux, plats inspirés de traditions franco-colombiennes. 

 
 

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